Le Buy Now Pay Later (BNPL) n’est plus une option de niche : c’est un standard de consommation aujourd’hui utilisé par plus de 65% des Français (1).
Dans un contexte économique toujours tendu, le paiement en plusieurs fois s’est installé dans les habitudes d’achat/de paiement.
Plébiscité par les commerçants, car il aide à améliorer leurs taux de conversion et à faire gonfler les paniers, il n'est plus seulement disponible pour les achats en ligne mais se fait aussi une place en magasin.
Mais l'ère de la "dérégulation" touche bientôt à sa fin.
L’ordonnance du 3 septembre 2025 (texte de référence qui transpose la directive européenne CCD II - Consumer Credit Directive - en droit français) met fin aux régimes d’exception des crédits de faible montant (mais aussi à la LOA *) :
- Les dispositifs BNPL et crédits de moins de 200 € seront pleinement soumis à la réglementation
- Application des règles du crédit à la consommation : information, Taux Annuel Effectif Global, droit de rétractation…
- Objectif : lutter contre le surendettement « invisible » généré par les paiements fractionnés
- 20 novembre 2026 : c'est la date butoir fixée par l'ordonnance pour l'entrée en vigueur effective des nouvelles obligations.
Le BNPL n'est pas réservé qu'aux gros achats de tech ou d'électroménager, il permet aujourd'hui de financer des voyages, des vêtements, et même des paniers de supermarché.
Le BNPL s'est même infiltré là où on ne l'attendait pas, devenant un véritable outil de gestion de trésorerie pour les ménages :
- Pour des dépenses de santé : financer ses soins dentaires ou son équipement optique en 4x est entré dans les mœurs.
- Dans le secteur de la mobilité : le passage à l’électrique (vélos, bornes de recharge) est largement porté par le paiement fractionné.
Même le BtoB s'y met aussi: certaines entreprises utilisent désormais le BNPL pour lisser leurs investissements software ou leurs achats de stocks, boostant ainsi leur BFR.
L'usage devient plus réfléchi, marqué par une diminution des utilisateurs très fréquents au profit d'une utilisation régulière et raisonnée. Les acheteurs privilégient le BNPL pour des achats entre 1 et 3 fois par an, signe que le pilotage budgétaire devient une priorité.
L’impact business ? Pour les marchands, c’est une hausse moyenne de 20 à 30 % du taux de conversion et un panier moyen qui s'envole (+30 % à 50 %).
L'enjeu de demain ? Maintenir ce boost de conversion malgré un cadre règlementaire plus strict.
Ce qui devient obligatoire
D'ici le 20 novembre 2026, les acteurs devront intégrer :
- Fiche d'information précontractuelle (FIP) : à fourniravant la vente.
- Analyse de solvabilité : obligation de vérifier la capacité de remboursement (via Open Banking ou scoring interne).
- Devoir d'explication : responsabilité renforcée pour le vendeur ou la plateforme de vente.
Le paradoxe de la rétractation : un piège pour l'expérience client ?
Le BNPL va donc devenir un crédit. Le client va gagner un droit de rétractation de 14 jours sur le crédit.
Dans la réforme sur le BNPL, le législateur a déconnecté le contrat de crédit du contrat de vente pour les achats en magasin : un client pourra annuler son financement... sans que cela n'annule son achat, contrairement au crédit classique.
En effet, pour un crédit à la conso classique (ex : un prêt de 2 000 € sur 2 ans), les deux contrats (celui de l’achat de bien et celui du crédit) sont interdépendants (Art. L. 312-52), c'est un "bloc" :
- Si le crédit est annulé ➔ la vente est annulée.
- Si la vente est annulée ➔ le crédit est annulé.
Ce que change l'ordonnance pour le BNPL : l'article 6 dit précisément que pour le "petit" BNPL (3x/4x sans frais ou frais minimes), l'article L. 312-52 ne s'applique pas.
Le législateur a voulu "alléger" la gestion, mais cela crée une situation étrange : les deux contrats deviennent autonomes.
Si on résume, dans le cas d’un achat en ligne (Vente A Distance) :
Le droit de rétractation de 14 jours lié à la vente à distance est un pilier du Code de la consommation (Art. L221-18) et s'applique quel que soit le mode de paiement (comptant, CB, BNPL…).
Si le client renvoie le produit acheté : la vente est annulée.
Puisque le crédit BNPL n'a plus d'objet (la cause du contrat disparaît), le crédit est résolu de fait. Le commerçant doit rembourser les échéances déjà prélevées.
Si le client annule son crédit mais garde son achat : Il doit donc payer le solde immédiatement.
En ce qui concerne un achat fait en magasin : il n’existe pas de droit de rétractation légal sur la vente, "Achat en magasin = engagement ferme".
C'est ici que l'ordonnance de septembre 2025 crée un imbroglio :
- Avant l'ordonnance : le BNPL n'était pas un "crédit" au sens de la loi. Donc, aucune rétractation possible, ni pour l’achat, ni pour le paiement.
- Après l'ordonnance : le BNPL devient un crédit. Le client gagne un droit de rétractation de 14 jours, uniquement sur le crédit.
Le défi pour les enseignes : gérer l'insatisfaction d'un client qui pense pouvoir rendre son achat en annulant son crédit, alors qu'il reste légalement engagé sur l'achat ferme.
🚀 L’accompagnement Quintess : réconcilier conformité et performance
Chez Quintess, le pôle Conseil accompagne nos clients (Banques, Assurances, Grands Comptes) à transformer cette contrainte réglementaire en opportunité stratégique :
- Audit de vos modèles opérationnels et mise en conformité des processus
- Refonte de l’UX pour intégrer la pédagogie réglementaire (notamment sur la rétractation) sans casser le tunnel de conversion.
- Rédaction des nouvelles CGV et évolution de vos aides à la vente, pour les forces de vente en magasin, afin de prévenir les litiges.
La conformité ne doit pas être un frein à l'expérience client, mais un gage de confiance et de pérennité.
(1) Etude réalisée du 08 au 23 janvier 2025 par Kantar auprès de 4903 répondants représentatifs des populations en France, Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Allemagne, Pays-Bas.
https://www.floapay.fr/blog/marche/bnpl-paiement-ligne-2025
*La directive clarifie que la Location avec Option d’Achat entre bien dans le champ du crédit à la consommation. Les distributeurs auto devront se mettre en conformité sur l’information précontractuelle, le TAEG, la publicité et la solvabilité.

